L'abandon est une option


Nolwenn peu de temps avec son abandon sur l'Échappée Belle (60km)

L’abandon est une option et parfois elle se révèle être la meilleure option. Finir une course à tout prix, avec une blessure, en p*****t du sang, en vomissant, en n’arrivant pas à s’alimenter, en étant épuisé·e (à l’extrême). Vous croyez vraiment que cela signifie être fort·e et faire preuve de bravoure ?




Non je ne crois pas. Respecter son corps, accepter d’être dans un jour sans, accepter l’apparition d’une blessure et dire stop. Là c’est faire preuve de force et d’intelligence.

Un jour sans.

Depuis un an ou plus tout est mis en place pour franchir cette ligne d’arrivée. Ce défi que vous vous êtes lancé un soir d’apéro. Cette course qui vous fait rêver depuis quelques années.

Des mois à s’entrainer, à adapter sa vie personnelle, professionnelle, familiale en quête de se dépassement. Et ça y est, vous y êtes.

Le jour J, le mental est là, prêt à en découdre.

Le corps, lui, ne répond pas.

Pourquoi ? Comment est-ce possible ? Après autant d’investissement ? Non, il ne peut pas vous lâcher à cet instant, ce n’est pas envisageable. Et pourtant il le fera.

Le corps n’est pas une machine et il ne le sera jamais.

L’abandon, une preuve de bienveillance envers vous-même.

L’abandon est une option quand la santé est en jeu.

Courir sur une blessure, au risque de l’aggraver n’est pas une option.

Poursuivre l’effort alors que l’on souffre de déshydratation n’est pas une option.

Stopper la course car le mental à lâcher est une option.

Non vous n’êtes pas faible parce que vous abandonnez.

Oui vous pouvez être fier·e de votre décision car vous vous êtes écouté.

L’abandon, ce tabou.

« Ah tu as abandonné ? C’est dommage »

« Quand même tu aurais pu te forcer un peu »

« Je savais que tu ne tiendrais pas mentalement »

« Tu avais mal ? Mais quand même depuis le temps que tu le préparais… »

« Tu abandonnes au bout de 30km (sur 160), tu as vite lâché »

« Tu sais il y a des gens qui aimeraient être à ta place »

« Ce n’est pas une bonne image que tu renvoies à tes enfants »

« C’est dommage pour les organisateurs, tout le travail qu’ils font »

« C’est ton conjoint·e qui doit être content après toutes les concessions qu’iel a fait cette année »


Toutes ces remarques ont été entendues par les personnes ayant déjà abandonné, et la liste n’est pas exhaustive. À l’inverse, les remarques positives sont rares. L’abandon est une décision personnelle, qui doit être respectée.

La limite entre la raison et la déraison : comment savoir si je dois abandonner ?

Un point commun est (souvent) présent envers tous ces sportifs : le dépassement de soi.

« C’est normal d’avoir mal, il faut surpasser la douleur » C’est même ce que la plupart des sportifs·ves recherchent. Et c’est ok !

En tant que préparatrice physique j’accompagne les sportifs dans cette quête, celle de se surpasser, d’aller explorer des capacités encore inconnues. Parfois les limites sont atteintes et c’est à ce moment que l’abandon survient. Il est légitime, il est juste.

Selon moi les limites rencontrées peuvent émaner de deux choses : le corps, le mental.

Pour le corps c’est la blessure ou la déshydratation principalement. À ce moment, le corps envoie un message fort qu’il faut écouter.

« Oui mais comment je sais si je suis blessé ou si c’est des douleurs normales ? »

La douleur s’accentue, modifie considérablement votre foulée, vous vous demandez de plus en plus si c’est normal. Il y a alors de fortes chances pour que ce ne soit pas normal. La question de l’abandon se pose.

« Je n’arrive pas à manger, je vomis, je ne bois pas » il y a donc un souci. Là aussi la question de l’abandon se pose.


À ces signes peuvent s’ajouter d’autres facteurs qui peuvent aider la prise de décision :

> Le nombre de kilomètres restants

> Les conséquences physiques : poursuivre avec une blessure peut vous mettre « off » plusieurs mois, arrêter maintenant nécessitera moins d’arrêt (un exemple)

> Tout facteur que vous jugez important à prendre en compte (s’il ne concerne que vous).

Pour le mental c’est plus insidieux, le physique peut répondre mais la « tête » n’y est pas, ce jour où vous « n’arrivez pas à vous mettre dedans ». Ce jour-là, demandez vous quel est l’objectif de cette course ? Une préparation ? Un objectif ? Un temps ? Quel impact aura l’abandon sur vous : soulagement, regrets ? Si vous êtes soulagé·e, alors l’abandon est de mise. Si c’est le sentiment de regret qui est plus fort, alors l’abandon ne semble pas être la bonne décision.

« Oui mais regarde, cet athlète, il a terminé avec une fracture »

Cet athlète, il est sportif·ve de haut-niveau. C’est son métier. Son schéma de penser est forcément différent d’un·e sportif·ve amateur·rice.

Le sport de haut-niveau n’est pas un sport-santé, bien au contraire, le corps est mis à rude épreuve, il est malmené. La plupart de ces sportifs·ves pro gardent des séquelles de ces années.

Il y a donc pour moi un grande différence au moment de la prise de décision.

Je trouve aussi que ces dernières années, les abandons sont de plus en plus courants. Si l’on s’intéresse à l’UTMB 2021, les abandons parmi les Elites sont nombreux (Xavier Thevenard, Jim Wamsley, Tim Tollefson, Audrey Tanguy…) et c’est ok. De la déception il y en a, forcément, mais ils ont su prendre la décision qui convenait. Le peloton amateur devrait s’en inspirer je crois.

L’abandon est une option, une option qui doit être respectée.